Jeudi 19 février 2009


Nous publions ici, le  texte de Guillaume Gurbert  professeur en Martinique. Il nous livre le regard d'un philosophe sur la crise qui secoue les antilles.

Karl Marx, penseur de la Guadeloupe Par Guillaume Pigeard de Gurbert, professeur de philosophie à Fort-de-France

Le capitalisme est né aux Antilles et aux Amériques au XVIe siècle. En 1846 (soit deux ans avant l’abolition de l’esclavage dans les Antilles françaises), Marx pose l’équation entre l’esclavage, la colonisation et le capitalisme : «Sans esclavage, vous n’avez pas de coton ; sans coton vous n’avez pas d’industrie moderne. C’est l’esclavage qui a donné de la valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont créé le commerce du monde, c’est le commerce du monde qui est la condition nécessaire de la grande industrie machinelle. Aussi, avant la traite des nègres, les colonies ne donnaient à l’ancien monde que très peu de produits et ne changeaient visiblement pas la face du monde. Ainsi l’esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance.» Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que nous soyons, ici, aujourd’hui, aux avant-postes du surdéveloppement du capitalisme. Il se pourrait bien que la révolte sociale qui secoue les Antilles françaises, ces pays pauvres qui survivent à l’ultrapériphérie de la riche Europe, manifeste les premiers tremblements d’un séisme mondial.


Par une politique coloniale puis postcoloniale, le capitalisme s’est répandu plus rapidement et plus efficacement ici qu’en métropole, subordonnant ces territoires à leur centre producteur des marchandises et les réduisant à l’état de simples marchés pour écouler ces dernières. Véritables colonies modernes d’hyperconsommation, omnidépendantes de leur centre de tutelle, ces pays se retrouvent logiquement avec un taux de chômage colossal et, pire encore, livrés à des sous-existences privées de sens. La destruction concertée du tissu productif local a placé les existences sous un régime de possibles aliénés.

Ajoutez à ce désastre le principe d’irresponsabilité politique, vous avez ces pays exsangues, encayés dans «des jours étrangers» (Cesaire), administrés à l’aveugle et de loin, qui font entendre leur révolte. De la colonisation à la globalisation, ces régions ultrapériphériques ont toujours été assujetties à une économie parallèle qui leur interdit «de croître selon le suc de cette terre» (Césaire, encore). C’est cette «pwofitasyon», cette injustice, qui désigne d’abord en créole un abus de pouvoir, qui n’est plus supportable. C’est contre elle que les peuples de Guadeloupe et de Martinique font lien et front.

C’est indissociablement la violence économique qui est combattue, qui est une force cyclopéenne qui n’a que l’œil du profit privé et à laquelle manque l’œil de l’humain. Cette monstrueuse cécité est une infirmité de naissance du capitalisme, comme le rappelle encore Marx : «La découverte des contrées aurifères et argentifères de l’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques qui signalent l’ère capitaliste à son aurore.» L’actuel tiers-monde n’est lui-même pas une entorse extérieure au système capitaliste mais son pur produit, né de «la colonisation de contrées étrangères qui se transforment en greniers de matières premières pour la mère-patrie.»


           C’est donc ici que l’aube post-capitaliste se lève, dans la haute nécessité de repenser les conditions d’existence sociales et politiques. Le travail productif comme paradigme de toute activité socialisante s’applique à une part de plus en plus petite d’individus et rejette une masse grandissante de potentialités d’actions non plus seulement dans le non-être intérimaire du chômage mais dans le néant a priori du rebut. Les Indiens caraïbes d’avant la colonisation ne connaissaient que les activités mobiles, créatrices, en un mot ouvertes. Au point que «les Américains n’auraient importé tant de Noirs que parce qu’ils ne pouvaient pas utiliser les Indiens, qui se laissaient plutôt mourir.» (Deleuze-Guattari). Les colons ne cessent pas pour autant de se plaindre des Noirs : «Ils ne savent pas ce qu’est le travail» (idem). Il faut dire que les Noirs se suicidaient en mangeant de la terre, de la chaux et de la cendre, espérant ainsi retourner chez eux post mortem et échapper ainsi à l’enfer de l’esclavage. Le père Labat, ce Bouvard-et-Pécuchet esclavagiste aux Antilles, appelle cela pudiquement la «mélancolie noire». Aussi bien faut-il inverser le diagnostic actuel qui sanctifie la valeur-travail, et, à partir des sociétés caraïbes, actives sans être laborieuses, concevoir positivement nos nouvelles sociétés.


           L’avenir sera-t-il caraïbe ? Délire ? Jacques Delors (cité par André Gorz) écrivait en 1988 dans La France par l’Europe : «Un homme salarié de vingt ans avait, en 1946, la perspective de passer au travail en moyenne un tiers de sa vie éveillée ; en 1975, un quart ; et aujourd’hui, moins d’un cinquième. Ces fractures récentes mais profondes devraient se prolonger et induire d’autres logiques de production et d’échange.» Vingt ans après et avec la révolution informatique, c’est encore plus vrai. La crise économique mondiale en cours n’est pas une menace pour le système capitaliste lui-même mais un processus de rationalisation globale en même temps qu’une opportunité d’en accélérer le mouvement. Les faillites en cascade permettent une plus grande concentration des capitaux en même temps qu’un meilleur rendement du capital par une diminution considérable et rapide de la masse salariale. Le point de vue violemment unilatéral du capital sur le système évacue le problème d’une nouvelle socialisation indépendante de la valeur-travail et abandonne les peuples à la misère et à cette colère qui a déjà grondé dans les banlieues de l’hexagone qui sont comme ses colonies de l’intérieur.

En ce début de XXIe siècle, il est grand temps de signer ici, ansanm ansanm ("ensemble, ensemble!"), l’acte de décès de ce système mondial de pwofitasyion né ici.


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Jeudi 19 février 2009


LES DOCUMENTS DE L’HUMANITÉ
Manifeste pour les «produits» de haute nécessité : Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion

par Ernest BRELEUR, Patrick CHAMOISEAU, Serge DOMI, Gérard DELVER, Edouard GLISSANT, Guillaume PIGEARD DE GURBERT, Olivier PORTECOP, Olivier PULVAR, Jean-Claude WILLIAM •



 

C’est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s’est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n’est illégitime. Aucune n’est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu’elle représente ni dans ce qu’elle implique en relation avec l’ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d’avoir su organiser sur une même base ce qui, jusqu’alors, s’était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle, à savoir les luttes jusqu’alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales…

Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj - qui est d’allier et de rallier, de lier, relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé - est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d’ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l’on peut saisir l’impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.

Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes se rapetissent et se condamnent.

Dès lors, derrière le prosaïque du « pouvoir d’achat » ou du « panier de la ménagère », se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair, le prosaïque), et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair, le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre pour vivre, tout comme le vivre pour soi n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner à vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.

La « hausse des prix » ou « la vie chère » ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d’une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s’est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires - non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte « d’épuration éthique » (entendre : désenchan-

tement, désacralisation, désymbolisa-tion, déconstruction même) de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être « consommateur » ou bien être « producteur ». Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l’unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L’ensemble ouvre à cette socialisation antisociale, dont parlait André Gorz, et où l’économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste.

Alors quand le « prosaïque » n’ouvre pas aux élévations du « poétique », quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont « le pouvoir d’achat » ou « le panier de la ménagère ». Et pire, nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d’une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d’escorter les « produits de première nécessité » d’une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d’une « haute nécessité ».

Par cette idée de « haute nécessité », nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en oeuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d’achat, relève d’une exigence existentielle réelle, d’un appel très profond au plus noble de la vie.

Alors que mettre dans ces « produits » de haute nécessité ?

C’est tout ce qui constitue le coeur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grande scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.

D’abord, il ne saurait y avoir d’avancées sociales qui se contenteraient d’elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s’est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l’absence de pouvoir qui lui sert d’ossature. Le « déterminant » ou bien le « décisif » s’obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n’arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L’éloignement, l’aveuglement et la déformation président aux analyses. L’imbroglio des pseudo-pouvoirs région-département-préfet tout comme cette chose qu’est l’association des maires ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s’est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos « présidents locaux » pour s’en aller mander ailleurs. Hélas, toute victoire sociale qui s’obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s’arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudo-pouvoirs.

Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d’acquiescer aux sous-traitances. La question béké et des ghettos qui germent ici où là est une petite question qu’une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l’accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d’une autre justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement… Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l’autre, confiance réduite en soi… La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C’est dans l’irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c’est dans la responsabilité que se trouvent l’invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C’est dans la responsabilité que l’échec ou l’impuissance devient un lieu d’expérience véritable et de maturation. C’est en responsabilité que l’on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l’essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.

Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s’est étendu à l’ensemble de la planète avec la force aveugle d’une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C’est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l’insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l’immédiat, mais l’illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du « marché » et par tous ces mécanismes que crée un nuage de voracités (donc de profitations nourries par « l’esprit colonial » et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l’octroi de mer ne sauraient endiguer.

Il y a donc une haute nécessité à nous vivre Caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser Américains pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production seraient des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables « producteurs » - chefs d’entreprise, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes - incapables de tressaillements en face d’un sursaut de souffrance et de l’impérieuse nécessité d’un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n’existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d’un système flou, globalisé, qu’il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu’il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l’élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant.

Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l’ampleur du poétique.

On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.

On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout-automobile.

On peut endiguer les agences de l’eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d’un trésor qui appartient à tous.

On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd’hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile…) ne saurait ni ne pourrait y résister.

Enfin, sur la question des salaires et de l’emploi.

Là aussi, il nous faut déterminer la haute nécessité.

Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu’il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main-d’oeuvre. Quand il délocalise, ce n’est pas dans la recherche d’une main-d’oeuvre abondante, mais dans le souci d’un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n’est donc en rien illégitime : c’est le début d’une équité qui doit se faire mondiale.

Quant à l’idée du « plein emploi », elle nous a été clouée dans l’imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l’ont accompagnée. Le travail à l’origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d’ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu’il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple « emploi », et l’unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s’est mis à n’ouvrir qu’à la consommation.

Nous sommes maintenant au fond du gouffre.

Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu’il redevienne un lieu d’accomplissement, d’invention sociale et de construction de soi, ou alors qu’il en soit un outil secondaire parmi d’autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aideront à transformer la valeur travail en une sorte d’arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu’à l’équation d’une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s’envisagera dans ce qu’il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu’il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement…

Il s’envisagera en « tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ».

Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l’ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l’étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création - créaconsommation.

En valeur poétique, il n’existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l’infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.

Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l’imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans « manman » de l’esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l’artisanat, la culture et l’agriculture… Qu’il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et des collèges, des universités et de tous les lieux de connaissance et de formation… Qu’il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu’il favorise tout ce qui permet d’entrer en relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du tout-monde… C’est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l’ampleur des exceptions. C’est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire… C’est le gratuit en son principe qui devrait s’installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes…

Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu’à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre ensemble ne soit plus un « panier de ménagère », mais le souci démultiplié d’une plénitude de l’idée de l’humain.

Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise, guadeloupéenne, guyanaise, réunionnaise, nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.

Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s’ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.

An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l’utopie.

Nous appelons donc à ces utopies où le politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du « marché », mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l’instrumentalisant de la manière la plus étroite.

Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l’individu, sa relation à l’autre, au centre d’un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.

Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l’assistanat, en nous inscrivant résolument dans l’épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d’un rapport écologique global aux équilibres de la planète…

Alors voici notre vision :

Petits pays, soudain au coeur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés postcapitalistes, capables de mettre en oeuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant…

Repères :

- Ernest Breleur, artiste plasticien.

- Patrick Chamoiseau, écrivain.

- Serge Domi, sociologue.

- Gérard Delver, écrivain.

- Édouard Glissant, écrivain.

- Guillaume Pigeard de Gurbert, professeur de philosophie.

- Olivier Portecop, directeur du centre de ressources informatiques (université Antilles-Guyane).

- Olivier Pulvar, maître de conférence à l’université Antilles Guyane.

- Jean-Claude William, professeur de science politiques à la faculté de droit de Martinique.


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Vendredi 13 février 2009
 

Après Frontignan le 4 février dernier, c’est à Marseille que le front de gauche a fait salle comble le 10 février. Lors du dernier meeting, plus de 1500 personnes, gonflées à bloc, sont venues écouter les orateurs.

C’est une preuve, s’il en fallait, que le Front de Gauche pour changer d’Europe est bien en marche. Car la dynamique est là. De gauche d’abord : rassemblée, antilibérale, motivée, car la période pousse nos idées en avant. Européenne, ensuite, avec la présence de Rania Svigkou, étudiante grecque en lutte, et Friedrich Schmalzbauer représentant de nos amis allemands de die Linke. Ambitieuse, enfin, avec la volonté d’arriver en tête de toutes les listes lors des prochaines élections.

Le rassemblement est là, toujours ouvert, mais déjà en ordre de bataille. Car il n’était plus temps d’attendre. La formidable mobilisation des deux derniers rendez-vous, alors que la campagne électorale n’est pas commencée, démontre la forte attente et la disponibilité du peuple de gauche, son goût du rassemblement et son envie de changement.

Pour tout ceux qui ne veulent croire que ce qu’ils voient, rendez-vous leur est donné le 8 mars au Zénith de Paris, pour le grand meeting de lancement de la campagne du Front de Gauche pour changer d’Europe. Et parce que la fraternité est pour nous une valeur importante, nous donnons rendez vous à tous le samedi 15 février à partir de 12 heures, à la Bellevilloise (Paris 20ème), autour d’un banquet républicain, pour discuter de ce que nous voulons autour de tables thématiques, avec Didier le Reste (CGT), Patrice Bessac (PCF), et Jean-Luc Mélenchon (PG).

Parti communiste français


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Mercredi 11 février 2009

Après la Guyanne et la Guadeloupe, c'est au tour de la Martinique de rentrer en rébellion contre le système d'exploitation qui règne aux Antilles. Après les grandes manifestations du 29 janvier en métropole qui ont réunis entre 1 et 2 millions de personnes, c'est un nouveau signe fort de la mobilisation croissante pour l'augmentation du pouvoir d'achat.
Les autorités ont d'ailleurs dépéchés quelques 4.000 gendarmes, policiers et CRS supplémentaires pour protéger les magasins et les stations services. En effet, ces derniers jours, les manifestants ont organisés des opérations "caisses ouvertes", laissant passé des caddies pleins gratuitement. L'organsation et le nombres de manifestants ne laissant aucune alternative aux agents de sécurité les plus témérères. Certains antillais craignent d'ores et déjà la répression policière.
Le secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, Yves Jego, était encore ce jour en négociation pour trouver une sortie de crise.
Voici ce que rapportait l'envoyée spéciale du quotidien l'Humanité le 9 février.
 

MOBILISATION.

Alors que le soulèvement contre la vie chère s’étend à la Martinique, les grévistes guadeloupéens se heurtent au patronat, hostile à toute hausse significative des salaires.

 

Pointe-à-Pitre, Basse-Terre (Guadeloupe)

 

« Cela fait trop longtemps que nous souffrons. Nous voulons vivre debout. » De Pointe-à-Pitre à Fort-de-France, cette supplique revient sur toutes les bouches. Parti de la contestation des prix de l’essence, d’abord en Guyane, puis à la Guadeloupe, le puissant mouvement social contre la vie chère qui secoue les Antilles a pris une ampleur historique, à la mesure de l’asphyxie imposée aux habitants des îles.

Au-delà des revendications de contrôle des prix et de hausses des salaires exprimées à la Guadeloupe par le collectif Lyannaj Kont Pwofitasyon (LKP, Rassemblement contre l’exploitation outrancière) et à la Martinique par le Collectif du 5 février, c’est toute l’architecture de l’économie des containers et du mal-développement faisant de ces îles des « colonies de consommation », selon l’expression des grévistes, qui est mise en accusation.

De manifestations en actions de blocage des magasins Carrefour appartenant au groupe Bernard-Hayot, qui dispose d’un quasi-monopole dans l’import, la distribution et l’agroalimentaire, les grévistes guadeloupéens fustigent les « profiteurs » qui font flamber les prix.

une unité sans faille

Alors que le gouvernement s’est enfin résolu, au bout de trois semaines de grève générale, à ouvrir des négociations, les syndicats, organisations politiques, associations et mouvement culturels rassemblés dans le LKP affichaient toujours, ce week-end, une unité sans faille, bien décidés à maintenir la pression sur les patrons comme sur le ministre de l’Outre-Mer, Yves Jégo. Avec un soutien massif de la population, qui juge légitime la plate-forme des 149 revendications du LKP, au premier rang desquelles une augmentation de 200 euros des bas salaires, des retraites et des minima sociaux. Face à l’intransigeance du patronat, qui parie sur le pourrissement du mouvement, 50 000 manifestants, rejoints par des carnavaliers, se sont rassemblés, samedi à Basse-Terre, où avaient lieu les négociations. Celles-ci devaient se poursuivre ce matin pour tenter de dégager un accord interprofessionnel sur les salaires.

un « plafond de verre »

Pointant la faillite des politiques de défiscalisation et d’exonérations en tout genre, les grévistes refusent de voir leurs revendications salariales satisfaites au prix de nouveaux cadeaux au patronat. « Toutes ces mesures annoncées par l’État, comme la suppression de la taxe professionnelle ou le RSA, profitent surtout aux employeurs qui auront ainsi une main-d’oeuvre payée par l’État, tout en bénéficiant de différentes exonérations. Ils rechignent à rogner sur leurs marges. Les entreprises vivent avec des fonds publics. Nous sommes tous devenus des fonctionnaires », ironise Gaby Clavier, l’un des responsables du syndicat UGTG. Cadeaux consentis au nom de l’encouragement à l’investissement, mais qui n’ont jamais eu d’incidence positive sur l’emploi. L’archipel compte officiellement 24 % de privés d’emplois. Un chiffre « largement sous-estimé », selon Félix Flémin, secrétaire général du Parti communiste guadeloupéen et membre du LKP, qui évalue le taux de chômage réel à 40 %.

Premières victimes de ce fléau et de la précarité, les jeunes expriment rageusement leur refus d’être condamnés au désespoir et privés de futur. « Chercher un travail fixe et correctement payé, c’est comme tenter de décrocher la Lune », résume Cédric, un jeune intérimaire qui dit se sentir « revivre » depuis le début du mouvement. Aux marges du marché du travail, toute une génération s’élève contre les discriminations qui la frappent à l’embauche. Ceux qui ont un travail dénoncent, eux, le « plafond de verre » qui leur interdit l’accès aux postes à responsabilité, majoritairement occupés par des métropolitains blancs. Dans les entreprises comme dans les administrations publiques, il semble en effet que la clarté de la peau soit une meilleure assurance de promotion que les diplômes et les compétences…

exclus dans leur propre pays

Du coup, les Guadeloupéens, comme leurs voisins martiniquais, ont le sentiment d’être exclus dans leur propre pays. Sentiment exacerbé par la mainmise de la petite minorité de békés, descendants de colons, sur l’économie des îles. « La colonisation se poursuit. Les Blancs-pays ont mis leurs enfants à leur place, l’exploitation continue », affirme Marie-José, fonctionnaire gréviste. Diffusé vendredi soir par Canal Plus aux Antilles, le documentaire de Romain Bolzinger, les Derniers Maîtres de la Martinique, accablante radiographie de cette petite oligarchie, a soulevé une très vive émotion. À l’écran, l’industriel béké Alain Huyghues-Despointes justifie sans vergogne la volonté de sa petite communauté de « préserver la race » blanche du métissage. Avant de regretter que « les historiens ne parlent que des aspects négatifs de l’esclavage ». Comment ne pas comprendre, dès lors, les références omniprésentes, dans ce soulèvement social, à l’histoire esclavagiste qui a marqué ces îles au fer rouge ? « Pendant quatre cents ans, les Guadeloupéens noirs sont restés sur le banc des accusés. Il faut changer cela, continuer la lutte pour la dignité et la liberté entamée par le premier esclave qui s’est révolté », explique Djibril, chanteur de reggae. Un combat pour la dignité et l’égalité que la Guadeloupe, traumatisée par la répression qui coûta la vie à plus d’une centaine de grévistes en mai 1967, mène, depuis le 20 janvier, de façon pacifique, mais très déterminée. Dans une incroyable ferveur, c’est comme un mouvement pour les droits civiques qui s’est levé. Pour refuser le maintien de zones de non-droit à la périphérie de la République.

 

Rosa Moussaoui

 

Article paru le 9 février 2009, dans l’Humanité


 

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Mercredi 11 février 2009


Israël : le succès de la droite et de l’extrême droite est le résultat de la guerre, de la colonisation et de l’occupation.


Les résultats des élections israéliennes suscitent une forte et légitime inquiétude. Le succès de la droite et de l’extrême droite ultra-nationaliste et xénophobe est le résultat désastreux de la politique de guerre et des orientations néo-libérales des autorités israéliennes.

En poursuivant la colonisation et l’occupation, en construisant le mur d’annexion, en bafouant systématiquement le droit international et le droit humanitaire, les autorités israéliennes, depuis des années, ont réuni les conditions d’une crise majeure au Proche-Orient, en alimentant les nationalismes, les extrémismes et une impasse politique dramatique. Les trois semaines de bombardements criminels sur Gaza montrent à quel niveau de péril et de mépris humain une telle politique a pu conduire.

Les élections israéliennes et la guerre israélienne de Gaza rappellent ainsi à la France et aux Européens qu’ils sont devant leur responsabilité. Plus que jamais l’exigence est à l’initiative pour imposer l’application du droit international et des résolutions de l’ONU dans la perspective d’un règlement politique juste et durable du conflit.

Dans cette grave situation, le soutien qui doit être apporté aux forces israéliennes anti-coloniales et progressistes est d’une grande importance pour l’avenir. Le PCF se félicite de l’excellent résultat obtenu par des candidats communistes dans le cadre du Hadash.


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C'est à nous de choisir!


 

Rassembleur et Solidaire


E-mail : pcf-bagnolet@wanadoo.fr

Liberté pour Salah Hamouri



La section PCF de Bagnolet s'associe à la mobilisation citoyenne qui demande la libération de Salah Hamouri, jeune Français palestinien détenu depuis 2005 par les autorités israéliennes sans la moindre preuve.
 A la suite de son arrestation à Jérusalem en mars 2005, Salah Hamouri, franco-palestinien qui aura bientôt 24 ans, va entamer sa 5e année d’emprisonnement en Israël. Accusé à tort de tentative d’assassinat, il a été jugé et condamné sans preuves ni aveux, et sans que sa défense puisse être assurée selon les règles fondamentales du droit. Il a été condamné à 7 ans d’emprisonnement il y a un an après trois ans d’interrogatoires, sur de simples présomptions.   L’arrestation, la condamnation, l’emprisonnement de Salah Hamouri sont illégaux au regard du droit international (car réalisés en territoire occupé par une puissance coloniale). Ce déni de justice doit cesser. Nous demandons aux autorités françaises, qui ne se sont pas mobilisées avant le procès, d’assurer leurs obligations envers notre jeune compatriote et d’intervenir immédiatement afin de le faire sortir de la prison israélienne.

Vous pouvez aussi écrire à Salah dans sa prison israélienne, afin de lui témoigner votre solidarité et l’assurer que des citoyen-ne-s de son pays, la France, entendent obtenir justice pour lui et le faire libérer :
Pour lui écrire:

Salah Hamouri

Doar nah Guilboa

10900-Beit shean

Israël

Terre et Paix!


Rassemblement du 10 janvier 2009 place de
la Mairie sous le mot d'ordre
"Halte au massacre à Gaza
Bagnolet solidaire du peuple palestinien"

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