PCF Les adhérents ont jusqu’à demain pour choisir le texte dont
les délégués débattront lors du 34e Congrès national en décembre prochain.
Ça vote aujourd’hui et demain dans les sections et fédérations du Parti communiste français.
L’enjeu : le choix du texte qui servira de « base commune de discussion » des communistes dans les assemblées de section, de fédération, et au niveau national pour leur 34e
Congrès, qui aura lieu du 11 au 14 décembre, à la Défense. En lice, pas moins de trois textes concurrents sont soumis au suffrage des adhérents, défendant des logiques différentes. À côté du
texte adopté par le Conseil national du PCF, le 6 septembre (88 pour, 7 contre et 29 abstentions), et intitulé « Vouloir un monde nouveau, le construire au quotidien », deux textes
alternatifs ont été déposés par des communistes qui ne se retrouvent pas dans le projet de base commune de la direction. À noter enfin qu’un quatrième texte remplissant les conditions statutaires
pour postuler au rang de texte alternatif (plus de 200 signataires provenant d’au moins dix fédérations) a été envoyé avec les trois autres aux adhérents, mais que les auteurs n’ont pas souhaité
soumettre au vote des communistes.
Trois enjeux décisifs
Si donc il ne s’agit pas de figer une fois pour toutes la « ligne » communiste lors de ce
premier vote étalé sur deux jours, il n’en est pas moins lourd d’enjeux politiques concernant les grandes options en débat au Parti communiste.
Parmi celles-ci, le projet communiste pour le 21e siècle, la stratégie de rassemblement et d’alliances
et le devenir de l’organisation communiste sont les trois points les plus âprement discutés. Faut-il « refonder nos analyses et notre projet », comme le propose le Conseil national, ou
« renouer avec le socialisme comme perspective politique », comme le propose le texte intitulé « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps », déposé entre
autres par André Gerin ? Doit-on privilégier une « construction populaire permanente » incluant des « fronts, des alliances », dans un « front progressiste et
citoyen » préconisé par le texte du CN, ou « s’appuyer sur une avant-garde composée des éléments les plus conscients et les plus actifs », comme le suggère le texte alternatif
« Renforcer le PCF, renouer avec le marxisme » signé notamment par Jérôme Metellus ? S’agit-il enfin d’« engager de profondes transformations du PCF », selon le CN ou de
le « renforcer » tel qu’il est, comme le préconisent les deux textes alternatifs, qui divergent par ailleurs sur les causes de son recul, son rapport à l’URSS, à la nation, au pouvoir,
aux alliances, etc. Toutes ces questions, et bien d’autres moins « exclusives », sont ouvertes et trouveront leur prolongement dans le travail d’amendement à tous les niveaux du texte
qui sera retenu, avant de devenir le document fixant l’orientation du PCF pour les mois et les années à venir.
La crise s’invite dans le débat
Ouverts après l’échec de la présidentielle de 2007, les échanges prennent une tournure nouvelle avec
les développements de la crise du capitalisme qui rebattent les cartes du débat idéologique. En témoignent les nombreuses contributions de communistes. Ainsi, Michel, de Maine-et-Loire, estime,
sur le site dédié au congrès Alternativeforge.net, que la « perspective d’union pour ouvrir une issue à la crise du capitalisme n’est pas assez abordée, peaufinée ». Prenant acte que
« la disparition de l’outil communiste n’est envisagée » dans aucun texte, il plaide pour « des convergences sur le texte de la base commune choisie », sinon « ce sera un
congrès pour rien ». En revanche, pour Dominique, de la Haute-Garonne, « l’actualité montre à quel point l’humanité tout entière est à un tournant décisif de son histoire », mais
« rien de tout cela n’est abordé dans le texte proposé par la direction actuelle ». Une autre adhérente estime que la crise est une « chance historique de relancer notre
parti », à condition d’« un net retour à nos fondamentaux ». Bernard, de l’Oise, votera lui pour la base commune proposée par le CN, tout en estimant que « sur le capitalisme
et son dépassement, le texte est totalement à revoir à partir des évènements actuels et qui secouent le monde capitaliste ». Enfin, un adhérent de la Drôme aurait « préféré ne pas avoir
à choisir entre différents textes dont aucun n’est satisfaisant, car cela n’apporte pas grand-chose au débat sinon une cristallisation des positions ». Aujourd’hui et demain, il faudra
pourtant choisir…
Sébastien Crépel
Article publié dans l'Humanité, le 29
septembre 2008